Ce film parle de liberté de conscience. Un homme se met à penser par lui-même. Il est alors harcelé par les tenants d’un monde auquel sa liberté nouvelle l’a amené à renoncer (métaphore de la poursuite). On le harcèle tant et si bien qu’il renie ce qu’il a appris et regagne le giron d’une société dont chaque membre est interchangeable et corvéable à souhait (retrait des marchandises) non sans avoir longtemps lutté contre lui-même (drapeaux des idéaux sur la droite). La nuit, il se reproche sa lâcheté puis sombre dans d’affreux cauchemars au cours desquels la vérité qu’il se cache à lui-même et aux autres (afin de pouvoir continuer à vivre) revient le hanter (métaphore de la marque déposée, de la pièce manquant au tout, du leurre communicationnel, et des oeufs).
Ce film parle de l’immensité de l’univers. Un extra-terrestre décide de dévoiler aux humains le funeste projet fomenté par les belliqueux dirigeants de sa planète : l’anéantissement prochain de la terre au moyen d’un rayon géant de type laser. Mais son vaisseau est abattu par des chasseur extra-terrestres d’élite avant qu’il ne rejoigne les jardins de l’Elysée. Il parvient pourtant à le poser (astucieusement) au beau milieu d’un manège puis il s’enfuit dans les allées d’une fête foraine. Ses poursuivants, coriaces, sont à ses trousses. Tandis qu’il passe devant un stand de gaufres, les fesses d’une enfant lui rappellent un visage aimé, là-haut, sur sa planète. Il ralentit sa course un instant, rien qu’un instant. Il est abattu. La terre est anéantie.
Ce film parle de politique. Des canards en plastique, au nombre desquels plusieurs militants, sont réunis pour voir passer leur leader JF Duck en visite dans leur ville lorsque trois détonations se font soudainement entendre. La foule des canards en plastique panique, personne ne s’est encore rendu compte que JF Duck est touché - il est hors champ - et cette grande agitation est propice à la fuite de deux des tireurs, une tortue et un dauphin, alliés de circonstance bénéficiant du soutien logistique d’autres membres de leur section, ensemble mêlés aux canards en plastique afin de perpétrer cet attentat, tentative désespérée mais astucieuse de rompre l’équilibre géopolique de la région et d’entraîner ainsi l’intervention d’une force armée internationale et libératrice. Malheureusement, ils sont repris, torturés, tués, et leurs corps sont enterrés dans une fosse commune au petit matin. La répression est impitoyable car on recherche toujours le troisième tireur, une otarie, qui sera dénoncée deux moins plus tard. JF Duck survit à ses blessures et le pays des canards en plastique continue de mener une politique cruelle et expansionniste au détriment des pays limitrophes.
Ce film parle de politique et de corruption. Un agent du Federal Bureau of Investigation enquête sur un réseau d’animaux dressés à commettre des exactions par des trafiquants de narcotiques sans scrupules dont le commerce fleurit tandis que les forces de police de la ville (Philadelphie) sont monopolisées par la traque de ces animaux truands. Alors qu’il est sur le point d’enregistrer un document d’une extraordinaire force probante, l’agent reçoit un appel de son supérieur corrompu. Il choisit de ne pas répondre, mais l’enregistrement s’avérera inutilisable en raison de des mouvements incontrôlés qu’il effectue sous l’effet de la surprise.
Ce film parle de religion. Un homme aux chaussures poussiéreuses marche sur un sol malpropre. Il grimpe une marche, comme pour délivrer un message, puis cela fait s’efface avec humilité. Le spectateur attentif entend un bruit caractéristique à chacun des pas de l’homme. Il comprend alors que l’homme est Jésus marchant sur l’eau de nos trottoirs.
Ce film parle d’un épisode peu glorieux de la décolonisation, un épisode que la France a préféré oublier. Malgré les difficultés administrative et le devoir de réserve qui m’a souvent été opposé, j’ai décidé de partir sur les traces des rastas abandonnés de l’île d’Aix afin de raconter leur histoire. Ce documentaire a été réalisé grâce au fonds d’histoire contemporaine de Côte d’Ivoire. Chaleureux remerciements à tous les protagonistes survivants (et ils sont bien peu) qui m’ont ouvert le livre de leurs souvenirs, mais aussi leur coeur. Les images parlent d’elles-mêmes, mais voici ces mots du poète africain que j’aurais pu placer en exergue de l’oeuvre : “lancé vers toi-même, tu deviens Jah”.
Ce film parle du suicide. Un soldat australien meurt à la fin de l’année 1942 sous les balles japonaises alors qu’il tentait héroïquement de tenir, avec ses camarades, le Kokoda Track. Sa jeune épouse, infirmière dans un hôpital de Melbourne, décide quelques semaines plus tard de mettre fin à ses jours tant la vie sans lui lui est insupportable. Se sachant allergique, elle se fait délibérément piquer par une fourmi Bulldog. Elle s’allonge face à son miroir. Il ne lui reste alors qu’à attendre, tandis que sa vue se brouille, de franchir le seuil de la porte qui la sépare, croit-elle, de son cher disparu. Le phonographe joue le standard au son duquel ils dansèrent lors de leur première rencontre dans un café du centre.
Ce film parle de la guerre. Un pilote de la Royal Air Force qui s’est illustré lors de la bataille d’Angleterre profite d’une permission pour rendre visite à ses parents dans le Sussex. Il se promène le long des jardins du manoir familial, sur les lieux de son enfance heureuse. Mais la folie des hommes lui a fait perdre le pouvoir de s’émerveiller. Désormais, les oiseaux qui volètent au dessus du lac sont pour lui autant d’avions engagés dans de meurtriers combats aériens. La voix du petit garçon qu’il était lui fait comprendre que le temps de l’innocence est révolu.
Ce film parle de religion. L’humanité, perdue dans une égoïste cacophonie, tente d’attirer l’attention d’un dieu tout-puissant. Celui-ci, lassé et déçu, la réduit au silence et choisit un prophète exilé qui sera chargé d’enseigner l’amour aux hommes-croquettes.
Ce film parle du deuil. Une femme est morte des suites d’un cancer foudroyant. Son mari, de retour de l’hôpital, se rend dans le jardin où, sur une table, sont demeurés les vestiges de la dernière promenade de son épouse alors qu’elle était encore valide. Il réalise soudain à quelle terrible solitude il va devoir faire face après des années d’une union sans nuages (contrairement au présent pluvieux qui est désormais sa nouvelle réalité). Une voix, une musique dans sa tête. Il s’interroge sur la pluie et la mort. La pluie comme un nouveau baptême (le cycle de la vie au sens propre), la pluie qui lave, la pluie de larmes. À moins que cela ne soit un message déchirant de sa femme depuis un au-delà lointain (mais lequel). Mais alors, pourquoi la mort. L’homme, comme le spectateur, se pose la question.
Ce film parle de l’amour qui s’amenuise. Une femme qui pourrait être toutes les femmes (on ne voit pas son visage) fume froidement une cigarette. La cigarette, symbolisant l’amour, se consume inéluctablement. Le briquet reste dans la paume de la main de la femme. Dans la cheminée, un feu de joie absent du cadre mais qu’on devine suggère la passion qui l’unissait à l’homme qui a loué le gîte dans lequel ils se trouvent. La femme annonce à l’homme qu’elle va le quitter. Anéanti, il se souvient de sa première rupture amoureuse et d’une chanson triste (au son altéré par les années écoulées) de sa jeunesse. L’homme, désormais capable de jauger sa souffrance, comprend que cette rupture lui sera fatale.
Ce film parle de notre impuissance face au destin qui nous brise. Une jeune fille débordante de vie traverse l’existence lorsque soudain elle se tue. Si cette issue fatale était bel et bien annoncée par l’omniprésence de la musique (la jeune fille et la mort de Franz Schubert), sa soudaineté et son caractère hautement métaphorique surprennent évidemment. L’identification de chacun à l’héroïne est d’autant plus inévitable que des rémanences d’enfance sont (discrètement) disséminées le long du film comme des cailloux semés par un Petit Poucet (l’auteur). Nous ne sommes que les jouets du destin dès lors que nous avons poussé notre premier cri, telle est la leçon que croit avoir apprise le spectateur. Mais c’est alors que surgit un second personnage (à la blondeur lourde de sens) qui va s’insurger contre le destin (celui de la jeune morte, mais également le sien) en tentant de renverser le cours des choses. L’espoir renait alors. Mais nous ne sommes rien, en définitive. Il ne nous reste plus qu’à accueillir cette terrible vérité en nos coeurs révoltés.
Ce film parle d’espoir et de confinement. Un homme s’est gravement blessé (le tronc cérébral est touché) alors qu’il imitait les champions de catch américain (WWE) pour faire rire ses enfants. Il souffre désormais d’un syndrome d’enfermement (locked-in syndrom). S’il voit et entend normalement, il est désormais entièrement paralysé. Tandis qu’une infirmière le promène en fauteuil roulant dans le jardin de l’hôpital, elle reçoit un appel de son fiancé. Ce dernier va la quitter. L’infirmière fond en larmes et s’enfuit. L’homme paralysé abandonné enrage car il se sent inutile et impuissant. Il voudrait mettre fin à ses jours mais il ne le peut pas. Perdu dans ses morbides pensées, il ne réalise pas que devant ses yeux (qu’il ne peut détourner) se trouve un escargot. Étrangement, il entre en communication télépathique avec cet escargot et entend sa jolie complainte. L’homme accepte alors son sort, car contrairement à l’escargot, il peut voir la lumière du jour et sentir le vent sur sa peau. Il apprend de l’escargot qui le sauve.
Ce film parle d’engagement et de résistance à l’oppression. Un homme fonde une fabrique de liège dans les Landes à la fin du 19ème siècle. Le commerce prospère plus que jamais lorsque son fils le rejoint à la tête de la fabrique. Ce dernier est en effet rompu aux nouvelles techniques de production ainsi qu’aux nouvelles méthodes mercatiques. La seconde guerre mondiale éclate comme un coup de tonnerre dans le ciel bleu landais. La fabrique est réquisitionnée par les allemands. Le père ne voit pas cette occupation d’un mauvais oeil dans la mesure où elle lui permet de s’enrichir (le film ne fait que le suggérer). Le fils, lui, ne peut accepter une telle situation d’autant plus qu’il est amoureux d’une jeune fille juive (qu’il cache dans une des caves de la fabrique) qui était sa secrétaire (que tout le monde croit disparue). Il s’enfuit de la fabrique de liège après avoir tué un soldat allemand qui tentait d’abuser de la jeune fille (qu’il venait de découvrir) et s’engage dans la résistance sous le nom de Bouchon. Il est dénoncé à la gestapo par un faux camarade quelques mois plus tard, après avoir organisé l’assassinat d’un officier allemand. Son père meurt peu après.
Ce film parle de l’irrépressible volonté d’ascension sociale d’un homme prêt à toutes les compromissions. Par une nuit d’été, tandis qu’il a une nouvelle fois vendu son âme au diable, un chaton grimpe le long de son pantalon de toile denim (c’est le week-end). Le chaton, parvenu au sommet, est désemparé. L’homme comprend alors que sa volonté de s’élever a fait de lui un Sisyphe là où il se pensait Faust. Mais il est trop tard, il va succomber à une crise cardiaque.